Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Bon d’accord je rentre d’un tour du monde, and so what !
Le mot de la fin est comme un point final que je ne voudrais jamais pointer.  
J’ai l’impression que c’était hier. J’ai l’impression parfois que c’était il y a 100 ans. Ce ne sont plus que des souvenirs, dilués , embués… J’ai mis dans ma tête une concaténation d’images,  d’odeurs, de sentiments et les vents de quatre continents.

J’ai vu le temps défiler par seconde, j’ai attendu des heures, nous avons avancé à deux, à deux à l’heure… J’ai hérité de la patience et de la tolérance de mon père. C’est ce qui m’a permis d’observer le monde avec la pudeur nécessaire.  J’ai vu des gens pauvres pour des générations, j’ai évalué la corruption pour un paquet de chips aux jugements politiques, j’ai vu la pollution à en faire pâlir le vert de Greenpeace. J’ai compris que trop de gens avaient besoin de placer les autres en deçà de leur propre estime. J’ai donc eu quelques désillusions. Et si ma culture mondiale était lacunaire, mes a priori quant à eux ont sauté un par un. Rien n’est plus pernicieux que le sentiment de savoir sans avoir vu. Le monde n’est pas effrayant. Nous devons être le changement que l’on souhaite voir dans le monde pensait Gandhi.

Chaque jour comme une empreinte. 18h, embaumé d’un drap blanc, l’émanation d’un corps en crémation aux abords du Gange… 20h s’effondrer dans un taxi surclimatisé tapissé de napperons après 12h de marche dans Tokyo…Minuit, dormir sous les étoiles entre les ânes et les éléphants sauvages de Namibie, 4h du matin, errer en calèche dans les ruelles de Birmanie en attendant le soleil se lever…
Si Maupassant savait que La vraie peur, c’est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d’autrefois. » La vie, adulte, est l’anticipation des peurs de demain. Partir est très souvent rattaché à l’abandon, aux risques, aux dangers. Que nenni. J’ai reconnu ce que pouvait être le vrai sentiment de liberté. Si l’ignorance alimente la peur, le monde me nourrit.

Je tiens à remercier mon excellent coéquipier Matthieu de son prénom, « T’es où ?  » de son surnom. Un bon coéquipier c’est 50% de l’aventure, d’autant plus qu’il détenait la boussole, les coordonnées géographiques et du haut de son mètre neunante, il voyait plus loin que moi, au moins jusqu’à demain. Nous avons eu la même envie de voir le monde, la même curiosité, l’envie d’ouvrir des portes, de fouiller, de braver les interdits. Alors à toi, grande dissuasion physique au niveau de la violence, toi qui me protèges, toi que j’aime tant. Si je suis partie faire un tour, c’est parce qu’il y a 5 ans, je te l’avais promis. Moi ? Jamais je n’aurai fait une connerie pareille.

Ce matin-là, je rentre à la maison. Alors que mes courses se résumaient à du dentifrice, du gel douche et une boîte de thon pour les grandes occasions, me voilà fort emmerdée quand le temps fut venu de faire mes courses chez Auchan. La nature a repris le dessus. Les habitudes, les impératifs, le terrain de jeu n’est plus qu’une aire où le vent s’engouffre entre la rouille et le métal froid. Soudain l’hiver marque les vicissitudes de la vie.

 

À Jean-Claude et Mamie.