Nous arrivons à Phnom Penh, une capitale plutôt agréable avec encore quelques reliefs géométriques de l’architecture art-déco des anciennes colonies françaises. En Thaïlande nous sommes arrivés le soir de l’anniversaire du Roi, ici au Cambodge nous arrivons pour le décès du Roi. Norodom Sihanoukun, pactisant pourtant à une époque avec les maquisards khmers rouges en patriote anti-vietnamien, est vénéré comme un dieu. La nuit, le jour, les bus des contrées lointaines se succèdent, des villageois endimanchés viennent se recueillir sur son cercueil. 

Au petit matin nous redécouvrons l’histoire du pays au travers du musée du génocide.
C’était hier, nous sommes en 1975, les Sex Pistols se forment, nous avons trop de cheveux, mon frère achète le 45 tours de Starmania et Valéry Giscard d’Estaing allait manger chez vous. Et pendant ce temps là au Cambodge… Dans le camps S21, un grand collège transformé en centre de détention, on construit des cellules d’1,5m² et on organise des salles de tortures. 20 000 prisonniers y sont enfermés sous des critères hasardeux (érudits, opposants supposés, porteurs de lunettes…). Les Khmers rouges, mouvement de communistes paranoïaques, sont des révolutionnaires voulant faire du Cambodge « une prison sans mur « . Ils décrètent à leur arrivée l’année zéro, vident les villes, suppriment l’éducation sous la devise « Seul le travail et la révolution comptent. »

Au camps S21, resté dans une capitale désertée, les soldats tiennent scrupuleusement leurs registres d’entrées et de sorties, des sorties avec les pieds devant, toujours. Ils photographient les scènes de tortures pour semer la terreur.

Dans la cour, était affiché le réglement suivant :

1. Réponds conformément à la question que je t’ai posé. N’essaie pas de détourner la mienne.
2. N’essaie pas de t’échapper sous des prétextes ou des idées hypocrites. Il est absolument interdit de me contester.
3. Ne fais pas l’imbécile car tu es l’homme qui s’oppose à la révolution.
4. Réponds immédiatement à ma question sans prendre le temps de réfléchir.
5. Ne me parles pas de tes petits incidents commis à l’encontre de la bienséance.
6. Pendant la bastonnade ou l’électrochoc, il est interdit de crier trop fort.
7. Restes assis tranquillement, attends mes ordres. S’il n’y en a pas, ne fais rien.
8. Ne prends pas prétexte sur Kampuchéa Krom pour voiler ta gueule de traître.
9. Si vous ne suivez pas ces ordres, vous recevrez des coups de bâton, de fils électriques que vous n’arriverez plus à compter.
10. Si tu désobéis, tu recevras 10 coups de fouets ou 5 électrochocs.

À la libération du camp il restait 7 hommes dont 2 sont encore en vie aujourd’hui.
De 1975 à 1979, 3 millions de cambodgiens ont perdu la vie. Le procès des 4 principaux dirigeants est en cours. Aujourd’hui les Khmers rouges existent encore sous la forme de factions paramilitaires planquées dans les montagnes du nord. D’ailleurs faut qu’j'vous laisse…

« Ceux qui n’ont pas compris le passé de l’humanité en général et leur propre passé en particulier, seront condamnés à le reproduire . » Edmond Wells

« Ce que la voix peut cacher, le regard le livre . »  Georges Bernanos

La déportation dans les campagnes.
Quelques intendantes et cuisinières Khmers rouges du centre de détention.

Quelques soldats Khmers rouges en charge de la surveillance et des tortures, ils n’avaient parfois que 15 ans.

Chum Mey et Bou Meng (ci-dessus), sont les 2 survivants.

le crime des Khmers rouges