Le Rajasthan n’a rien perdu de la beauté architecturale des Maharajas et de leurs fils, les Rajputs… Subtile confusion avec les influences Mogholes, suite à l’arrivée de Babur en 1526, les façades des havelis sont crénelées à l’infini et les plus beaux palais sont incrustés de pierres semi-précieuses à même le marbre blanc (pietra dura). Tout autour, la route est un désert africain parsemé de bergers coiffés d’une feta de couleur éclatante. Leur turban, de 9 m de long, est utilisé à l’origine pour mesurer la profondeur des puits. Des idées comme ça, les indiens, ils en ont pleins !

 

INITIATION

L’Inde nous est difficile à raconter car c’est toute une histoire.
Si à chaque jour suffit sa peine, en Inde à chaque jour suffit 3 rencontres, un coup de vache, une saveur épicée, un quiproquo.

Hier, dans un petit recoin des ghâts, je croise un brahman qui me montre fièrement sa maison de 2m2, de quoi tenir un lit et un autel dédié à Brahma. Après un échange ubuesque, il finit par me bénir d’un moli au poignet et d’un sourire rempli de sagesse, les yeux pleins de magie ou d’opium peut être.

À un rickshaw qui me dit 100 roupies je réponds 20. Des fois ça marche… Et c’est pas parce que c’est moins cher qu’il faut prendre la route à contresens, sans phare et sans tourner la tête !

Au toilette on m’accompagne, on m’ouvre le robinet et on me tend une serviette de papier avec un billet de 50 pour me suggérer la mise.
Je décline, j’ai amené mon rouleau.

À notre guide je demande le lien entre Mongol et Moghol. Il me répond « c’est la même chose, c’est une erreur de prononciation, c’est comme Bânaras et Varanasi. » Le lendemain je change de guide.

À une question ouverte réponse « yes ». Exemple « Excuse me where is the train station please ?  réponse – Yes !  » accompagné d’un dodelinement de tête plurivoque « oui, non, ça dépend ».

Je demande à notre hôte qui nous enferme la nuit par l’extérieur : Comment fait on pour sortir en cas d’incendie ? Me répond-il très étonné « Un feu ? mais pourquoi y aurait un feu ? y a pas d’problème. » En Inde y a pas d’problème. De toute façon « On a une autre vie après ». Et lorsqu’on leur dit « On verra demain », ils nous répondent : « Tu apprendras que demain ne viendra peut être jamais ».
Partant de ce principe la vie est plus légère, les responsabilités aussi…

GASTRONOMIE

Nous testons notre résistance immunitaire dans les Dhabas, de petits comptoirs de rue, où bouillonnent les aloo samosas et aloo tikki (pomme de terre et petit pois). À table commandez un Thali et vous aurez toutes les saveurs (Malai kofta, sauce raita, curry, massala, chapati…) dans une même assiette compartimentée à déguster avec la main droite, la gauche étant réservée pour les petites choses intimes… Je veux pas savoir.
Passez la chaleur des épices en dégustant un lassi, yaourt de lait fermenté avec une pointe de cardamome et de sel, aromatisé de rose ou de mangue.

Les douceurs ne manquent pas et ce sont parfois de véritables plaquettes de beurre qui nous sont servies en guise de sucreries. Le dessert le plus connu sont les Gulab Jamun, de petites boules spongieuses au sirop de pistache. Sur le pouce faites vous un jalebi, une friandise au miel fraîchement cristallisée et fondante. Enfin sirotez un thé tchaï, lait aux épices, gingembre, cannelle et cardamome, c’est le ricard (sans alcool) de l’indien.

PARCOURS

Les étapes du Rajasthan à 5h de route les unes des autres :
Delhi point d’ancrage, une vieille ville frénétique aux abords bidonvilles.
Agra et le Taj Mahal, magnificence moghole, ce sera toujours comme un chinois qui découvre pour la première fois la tour Eiffel la bouche entrouverte.
Fathepur Sikri non loin, qui érige un fort de grès rouge gigantesque et sa mosquée pleine de vie.
Jaïpur ville « moderne » sans grand intérêt d’où l’on rejoint l’impressionnant fort d’Amber et sa « galerie des glaces ».
Pushkar une petite ville sanctifiée, le coup de coeur des petits ghâts fréquentés de bon matin par les baigneurs en mal de bénédiction. Il faut se déchausser et se frayer un chemin entre les crottes de pigeons et les graines (ça peut faire mal) pour approcher les abords du lac.
Udaïpur étape « de luxe » ! Une architecture flamboyante qui se reflète sur le lac, des ruelles propres, un air de sud de la France orientale.
Ranakpur pour son temple jaïn, dans ce qu’ils ont fait de plus fin en matière de marbre sculpté.
Jodhpur ville bleue d’où émerge une forteresse telle la tour de Babel de Brueghel.
Jaisalmer petite ville à la pierre dorée édifiée dans le désert du Thar. Étape plus calme aux ruelles si fines que les rickshaws ne passent plus.
Bikaner d’où l’on rejoint le temple des rats Karni Mata du nom de sa déité. Un temple dédié aux rongeurs vénérés, où ceux-ci circulent librement et l’Homme longe les murs…

Ce sera tout pour le Rajasthan et c’est déjà beaucoup ! Nous partons fêter Diwali à Varanasi…

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