Se rendre aux îles Togians est déjà un voyage en soi… Nombreux sont ceux qui s’arrêtent au Pays Toraja (Sulawesi) et font demi tour, freinés par les routes trop longues et cahoteuses. Nous prenons le bus de Rentapao à Poso, 300 km en 14h, épaules contre épaules, un indonésien sous mon siège et un sac de blé en guise de repose-pied. Après une courte nuit nous faisons 5h de taxi collectif (Kijang) puis à nouveau 7h de ferry vers Malenge. Nous naviguons sur une mer d’huile, escortés par des dauphins et des poissons volants. A l’arrivée, une eau limpide dans laquelle se reflètent de petites maisons sur pilotis. Un chapelet d’îles touffues de jungle et de palmiers, cernées de sable blanc et d’eau turquoise, un dessin d’enfant n’aurait pas fait mieux. C’est ici entre autre que vivent les Bajaus, les gitans de la mer. Nous allons à la rencontre des enfants d’une petite école desservie par un long pont tout juste stable. Notre arrivée se fait vite remarquer et nos crayons de couleurs très vite dépouiller ! Nous apprendrons 2 jours après notre départ que le pont s’est écroulé sous le poids des enfants. Merci, les enfants vont bien.

Comment avons-nous pu faire naufrage au Paradis?

Partis avec Rudy en pirogue motorisée à double balancier, nous explorons le récif de corail n°5. Une grande nappe rocheuse où prolifèrent des ramifications bleues, mauves et jaunes explorées par des poissons flèches et d’autres vertébrés si plats que Matthieu les confond avec des sacs plastiques. Lorsque nous reprenons la route maritime, hâtés de prendre des photos nous nous retrouvons tous les 4 à tribord et ne remarquons pas que notre embarcation est en train de chavirer. Le timonier se jette alors a l’eau, suspendu au balancier pour faire contrepoids, nous sommes déjà à bâbord tentant de nous échapper par les ouvertures. Notre poids fait retomber le bateau gorgé d’eau. Des cadavres de tongs, de sacs et de tubas flottent, nos chevilles sont griffées par le bois brut, le moteur, noyé. Heureusement nous ne sommes plus qu’à une encablure d’une plage que nous rejoignons à la nage. Nous voilà un peu tremblants, sur une des plus belles plages au monde, coincés entre la mer et un mur de jungle.

L’après midi va défiler lentement, sans une âme à l’horizon. Nos lampes, couteaux et ficelles sont en toute sécurité au bungalow et nous n’avons qu’un appareil photo et un feutre pour seul outil de survie, le seul téléphone ayant été noyé. Malgré tous les épisodes de Mac Gyver ingurgités dans les années 90, je n’ai pas su fabriquer une fusée de détresse avec les feuilles de palmier. Nous nous sommes rabattus sur le sirotage de noix de coco éventrées a grand coup de silex.

Nous attendrons la nuit pour être rapatriés grâce aux villageois avertis par téléphone arabe, Dieu merci nous sommes en terre musulmane.

TRÈS BEL OUVRAGE SUR LES GITANS DE LA MER :
Nomades de la mer Vezos, Bajaus, Mokens. [Broché], de Patrick Blanche

LE PETIT GUIDE DES NAUFRAGÉS
1. Appeler de l’aide

2. Bien se couvrir

3. Déployer toutes ses forces et chasser la noix de coco

4. Prendre tout ce qu’on peut

5. se divertir

6. Chasser la truite

7. Se faire un ami que l’on nommera Wilson

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