C’est notre conducteur Zorigoo prononcez « Tzeurgo » avec un r bien roulé et Chimgee « Tchimgui » notre professeur traductrice guide cuisinière qui nous mènent en Toyota Land Cruiser. Nous sortons de LA ville d’Oulan Bator et tout devient rond, doux et bien dessiné. Des boules de nuages suspendues au dessus de  tapis verts sur fond bleu. Les steppes sont un vaste parcours de golf bien vert quadrillé de 18 000 trous d’écureuils.

Après une journée de route dans un paysage nu, nous rencontrons notre famille d’accueil. Nous sommes reçus comme des princes de Prusse.  »Vous voulez boire quelque chose ? Un fond de bol ? » La jeune femme, plus jeune que son âge, les joues rosées par le vent et les hivers trop froids, nous sert à chacun un verre de lait chaud puis un bol de lait froid. Le premier, le Tsai, est du lait de yack, de l’eau, du thé vert et du sel, le deuxième de l’Airag, lait de jument fermenté qui attaque les papilles comme des bulles de bière. Le tout accompagné de Byasslag, de petits fromages de brebis bien secs bien relevés. Santé ! Togtooye ! « Tortoï ». Le lait c’est toute la vie d’une yourte. Ce qui reste est transformé en yaourts et la peau du lait en beurre. Chaque matin les femmes se levant très tôt pour la traite, en jettent quelques gouttes vers les étoiles pour se souhaiter de bons présages. Bon j’en ai ma dose de calcium. 

Nous reprenons la piste, nous croisons des Ovoo, pyramides de cailloux, ceintes de Hadag (bandes de tissus colorés). Il faut tourner 3 fois autour des ovoo en jetant 3 cailloux et murmurant ses prières. Il est préférable de déposer des billets en offrande, ça marche mieux. Lorsque l’on ne s’arrête pas, Zorigoo klaxonne 3 fois. Nous traversons la vallée d’Orkhon. C’est un tout autre paysage de forêt, de montagne et de rivière. C’est le Jura de l’Asie. Nous allons à la rencontre d’une famille. Ils nous reçoivent avec le même lait. Du lait dans les seaux, du lait sur les toits pour faire sécher les fromages, du lait plein les vaches. Des vaches par dizaines, des chevaux par centaine, des brebis qui broutent, des yacks mal coiffés et tous ces herbivores indifférents à ce paysage grandiose. Les nomades ont entre 500 et 3000 bêtes dans la nature et 2 chiens pour roder autour de la yourte.

Notre dernière nuit nous la passons seuls dans une tente avec des bleus aux fesses que provoquent ces petites selles sur ces petits chevaux. Nous sommes requinqués, en partance pour la cité interdite…




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